Thiéville et Saint-Pierre-sur-Dives, mardi 25 août, un mardi sur-dimensionné!

Les visites seront commentées par notre guide conférencière Elisabeth Lachaume. Nous vous laissons découvrir, sous sa houlette, l’église de Thiéville (qui ne rentre pas tout à fait dans la catégorie des petites églises, avec sa puissante tour clocher du XIIIe siècle), et l’abbatiale Saint Pierre, hors catégorie…

Nous vous proposons de faire un pas de côté en attirant votre attention sur deux étranges petites sculptures bien cachées dans la richesse décorative des stalles du XVIe siècle, dans le choeur de l’abbatiale. Ce sont des passages secrets vers l’imaginaire et la foi d’un autre temps.

Voir de plus près deux miséricordes à l’abbatiale Saint-Pierre

Choeur de l’abbatiale, les stalles et leurs miséricordes (XVIe siècle)

Une miséricorde est une petite tablette en bois, fixée sur la face inférieure d’un siège de stalle. Lorsque le siège est relevé, cela signifie pour les moines la position debout pour la prière. La miséricorde offre un petit appui discret sur lequel le chanoine ou le moine pouvait s’adosser ou se reposer, d’où son nom : la miséricorde du siège.

La partie sculptée se trouve donc cachée sous la miséricorde. Cet emplacement peu visible en faisait des lieux de liberté d’expression pour les sculpteurs qui dérogeaient à la stricte iconographie religieuse pour représenter des scènes profanes, satiriques ou symboliques. Ce sont parfois des œuvres étranges dont les clefs d’interprétation nous échappent.

Salamandre sculptée sous une miséricorde

La sculpture représente une créature au corps élancé, dont les lignes souples évoquent le monde animal fantastique présent dans la sculpture religieuse du Moyen Âge et de la Renaissance. C’est une salamandre, non pas l’amphibien, mais la salamandre mythique, celle des bestiaires et de l’héraldique, capable de vivre au milieu des flammes sans être consumée.

Des flammes stylisées s’enroulent autour du corps, évoquant le mythe selon lequel la salamandre survit au feu et s’y purifie. La salamandre apparaît comme le symbole de résistance, de pureté et de constance dans l’épreuve. Elle est l’image de la foi et de l’âme purifiée par le feu divin. Cette lecture symbolique était parfaitement compréhensible pour les clercs et les fidèles familiers des bestiaires moralisés du Moyen Âge.

La sculpture s’inscrit dans une longue tradition où l’animal fabuleux n’est pas un simple divertissement décoratif, mais un enseignement spirituel.

Cracheur de feuilles sculpté sous une miséricorde

Le cracheur de feuilles symbolise la renaissance, le cycle de la vie et la fertilité. Il trouve ses origines dans des croyances très anciennes où il représentait les esprits de la forêt ou les divinités de la nature.

Avec le christianisme, il a été intégré dans l’art religieux comme un symbole ambigu entre le monde naturel et le divin. Selon les interprétations, il peut être être une figure protectrice, veillant sur un lieu sacré. À l’inverse, certains y voient une mise en garde contre un démon ou une force sauvage, incontrôlable et indomptée. Est-ce le rôle des deux visages de part et d’autre de la sculpture?

A la chapelle de Sainte-Marie-aux Anglais (Mézidon-Vallée-d’Auge) on peut voir un cracheur de feuilles du XIIe siècle, ancêtre de l’élégante et non moins énigmatique sculpture du XVIe siècle, à l’abbatiale.

Chapelle Sainte-Marie, Sainte-Marie-aux-Anglais, cracheur de feuilles, XIIe siècle




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