
Le verre de l’amitié nous réunira après la visite de l’église du Mesnil-sur-Blangy.
Venez voir de plus près :
1 – Le retable Grand Siècle du maître-autel à l’église de Fierville-les-Parcs

Cet exceptionnel retable du XVIIe siècle allie la rigueur architecturale et l’exubérance décorative. Il s’organise de la façon suivante :
Le niveau inférieur : la prédelle
la prédelle désigne la partie inférieure d’un retable. Elle sert de socle ou de base de transition entre la table d’autel et le grand tableau ou les sculptures de la partie principale du retable. À partir de l’époque baroque, la prédelle intègre très souvent en son centre le tabernacle flanqué de part et d’autre de panneaux sculptés ou peints.

De part et d’autre du tabernacle deux bas-reliefs évoquent deux scènes de la Passion du Christ : la Flagellation et le Portement de Croix. Les extrémités de la prédelle sont constituées par la dentelle de bois de deux piédroits évidés, annonçant la richesse des niveaux supérieurs.
Le niveau intermédiaire : La Descente de Croix
Ce grand tableau s’inspire du chef-d’œuvre baroque de Rubens (Anvers, 1612). Ici, saint Jean a été remplacé par la figure agenouillée de saint Louis, avec son manteau d’hermine fleurdelisé. Le peintre a rassemblé les personnages féminins à l’arrière-plan pour faire de la place à cette figure royale et dévote, probablement peinte à la demande du commanditaire du retable pour affirmer sa piété et sa fidélité à la couronne de France.
Deux colonnes aux chapiteaux corinthiens structurent ce niveau. Elles frappent par leur décor virtuose : les fûts sont entièrement recouverts de rinceaux, de feuillages et d’arabesques. Les colonnes sont évidées ce qui donne l’impression qu’elles sont enveloppées d’une dentelle dorée.
De part et d’autre des colonnes s’échappent de larges volutes de feuillages ajourées, prolongeant l’effet de mouvement et de légèreté.
Le niveau supérieur : L’attique
Au-dessus de la corniche se dresse un attique architecturé. Deux anges adorateurs sculptés en ronde-bosse encadrent un médaillon central de forme ovale représentant la Résurrection. La composition de cette petite huile sur toile est construite sur une dynamique verticale ascendante très forte, typique de l’art baroque. Le Christ ressuscité s’élève dans un halo de lumière au-dessus des soldats romains terrassés et plongés dans la pénombre.
2 – La voûte et les entraits du XVe siècle à l’église du Mesnil-sur-Blangy

La voûte en berceau lambrissée (ou voûte en merrain) est l’élément le plus saisissant de l’église. Elle repose sur une série de poteaux en bois qui supportent les sablières horizontales. Les entraits, ces poutres horizontales qui traversent la nef pour empêcher l’écartement des murs, constituent un chef-d’œuvre de sculpture et de polychromie datant du XVe siècle. Ils sont entièrement peints de motifs alternés d’écailles vertes, de rubans rouges en hélice ou de décors géométriques.
Au centre de chaque entrait s’élève un poinçon vertical qui rejoint le faîtage de la voûte. La base de ces poinçons est sculptée de bagues moulurées allégeant l’aspect fonctionnel de la charpente.
Les engoulants (ou rageurs), des monstres au cœur d’un lieu sacré.
En plaçant ces rageurs aux extrémités des entraits, hors de portée des hommes, l’Église matérialise l’idée que les forces du mal sont domptées et intégrées à la structure même du temple de Dieu. Les monstres sont condamné à soutenir la voûte céleste (représentée par la nef lambrissée) et à empêcher les démons de pénétrer dans l’espace sacré de l’église.
L’influence de l’art profane et naval
Les charpentiers de l’époque du gothique flamboyant et de la Renaissance travaillaient aussi bien sur les structures des manoirs à pans de bois de la région que sur les chantiers navals de la côte normande. On retrouve une parenté entre ces rageurs et les figures de proue des navires ou les corbeaux sculptés des maisons bourgeoises de l’époque.

Remarquez le blason tout là haut, au milieu de l’entrait. Il rappelle que l’art sacré d’autrefois était intimement lié aux grandes familles de la noblesse terrienne locale. Leurs armoiries figuraient sur les pièces maitresses de la charpente, les vitraux, et les litres funéraires.
