La Présentation au Temple, à Notre-Dame-d’Estrées

Le deux février, jour de la Chandeleur, est la fête liturgique de la Présentation de Jésus au Temple. C’est précisément le sujet du retable de l’église Notre-Dame à Notre-Dame d’Estrées (commune de Notre-Dame d’Estrées-Corbon)

Le retable de Notre-Dame d’Estrées date de la fin du XVIIe ou début du XVIIIe siècle, époque où la Normandie voyait fleurir ces structures monumentales sous l’impulsion de riches donateurs locaux ou de grandes abbayes patronnes. Ce retable à la gloire de la Vierge Marie, patronne de l’église, est une traduction sensible de l’enseignement spirituel voulu par la Contre-Réforme. la Vierge Marie ne se contente pas d’être une figure maternelle, elle devient le pivot théologique de l’œuvre.

Le retable de Notre-Dame d’Estrées, une échelle spirituelle

La toile centrale du retable illustre la Présentation de Jésus au Temple.

Quarante jours après sa naissance Marie et Joseph conduisent l’enfant Jésus au Temple de Jérusalem pour accomplir deux prescriptions de la Loi juive : la présentation du premier-né à Dieu, et la purification de sa mère après l’accouchement. On remarque les colombes offertes en sacrifice, symboles de la pureté et de l’obéissance à la Loi de Moïse. La rigueur du cadre rituel rappelle que la Nouvelle Alliance s’enracine dans l’Ancienne.

Deux témoins clés, Syméon et Anne la prophétesse

Syméon, vieillard juste et inspiré, reçoit l’enfant. Ce n’est pas un prêtre du Temple, il n’est pas là pour accomplir le rite formel, son rôle est prophétique : il prononce le cantique « Maintenant, Souverain Maître, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix… », prophétisant ainsi que Jésus est une lumière pour les nations païennes et la gloire d’Israël.

Anne la prophétesse, qui se tient derrière Marie, est le second témoin de la scène. Selon la Loi juive, un témoignage est considéré comme vrai s’il est porté par deux personnes. Le fait que Siméon soit un simple fidèle, tout comme la prophétesse Anne, souligne une idée forte du récit : la reconnaissance du Messie ne vient pas de l’institution religieuse officielle, mais de ceux qui ont une disposition spirituelle intérieure.

Le tabernacle « pavillon »

Le tabernacle, un Temple en miniature

Les anges adorateurs, les colonnes torsadées et les ors du tabernacle rappellent les descriptions bibliques du Temple de Jérusalem. L’or n’est pas seulement un signe de richesse, c’est la métaphore de la lumière divine.

Le tabernacle et la peinture dialoguent. Ils racontent le passage de l’Ancien Testament au Nouveau Testament. Tandis que le tabernacle contient la présence réelle du Christ, le tableau au-dessus montre l’entrée de Dieu dans l’histoire humaine et son insertion dans la Loi de Moïse.

Au couronnement du retable, la Vierge à l’Enfant

Le Ciel et la Gloire : la Vierge à l’Enfant

La Vierge à l’Enfant, située au sommet du retable, constitue la « clef de voûte » spirituelle de l’ensemble. Marie est glorifiée parce qu’elle est celle qui apporte la Lumière dans le monde de l’ancienne Loi. C’est la lumière dont parle Syméon, « Lumière pour l’illumination des nations ». Marie est le « porte-flambeau » de cette lumière. Voilà pourquoi notre fête de la Chandeleur est associée aux cierges.

La niche à fond de faux marbre gris crée un contraste chromatique avec les dorures environnantes. La statue en bois, probablement de la même époque que l’ensemble du retable, est traitée avec soin : drapé des vêtements, dorure à la feuille, polychromie.

Mettre en scène le sacré de façon sensible et intelligible, c’est le programme rempli avec faste par le retable de Notre-Dame-d’Estrées.

Et pour finir, la gravure qui a inspiré le tableau du retable

Le tableau de Notre Dame d’Estrées s’inspire de la gravure réalisée d’après le tableau de Simon Simon Vouet, conservé au musée du Louvre.

Cette gravure a connu un succès immense et a joué un grand rôle dans l’histoire de l’art français du XVIIe siècle car elle reproduisait le tableau du maitre-autel de la plus importante église jésuite de Paris (Saint-Paul-Saint-Louis). On retrouve des versions de cette composition dans de nombreuses églises et musées en France

On reconnaît que l’artiste s’est inspiré de la gravure et non du tableau original car la gravure est « inversée » (effet miroir dû au processus d’impression).

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