Sainte-Marie-aux-Anglais, église Sainte-Marie

Dimanche 31 juillet, visite de l’église de Sainte-Marie-aux-Anglais à 16h.

Auparavant, à 14h30, visite de l’église de Saint-Maclou, suivie d’une boucle pédestre reliant les deux églises.

carte routière
la boucle pédestre qui relie l’église de Sainte Marie aux Anglais à celle de Saint-Maclou

Façade occidentale de Sainte-Marie-aux-Anglais

Site internet de l’association « Conserver La Chapelle de Sainte-Marie-aux-Anglais »

Le site de l’association est une mine de renseignements : présentation de l’église, visite guidée, les peintures murales, les étapes de la restauration, tout y est!

Pourquoi ce nom? extrait de la brochure disponible dans l’église.

Alors, que nous reste-t-il à expliquer, qui ne soit déjà sur le site internet de l’association? Il nous reste à convoquer l’historien et archéologue français Arcisse de Caumont (1801-1873) qui la visita et obtint son classement aux monuments historiques en 1850. Il la trouva telle que nous la voyons aujourd’hui. En effet, la caractéristique première de cette église est de nous être parvenue quasiment inchangée depuis le XIIe siècle, ce qui est une rareté, en Pays d’Auge.

Pour la bonne compréhension de certains termes spécifiques à l’architecture, voici le lien vers Le dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle d’Eugène Viollet-le-Duc.

Chapelle ou église? le mot chapelle précise le fait qu’une petite église n’est pas (ou plus) une église paroissiale. Sainte-Marie-aux-Anglais est donc une chapelle. Mais si on ne précise pas sa fonction paroissiale, elle appartient à la catégorie générale des petites églises. Arcisse de Caumont est donc fondé à employer le mot église pour Sainte-Marie-aux-Anglais.

Ouvrons maintenant la Statistique Monumentale du Calvados, et voyons ce que dit Arcisse de Caumont sur l’église de Sainte-Marie-aux-Anglais :

« L’église de Ste-Marie est, sans contredit, une des mieux conservées et des plus curieuses de l’ancien diocèse de Lisieux. Le choeur et la nef appartenaient en entier au style roman et n’ont subi presque aucune altération depuis leur origine. Le plan, conforme à celui d’un grand nombre d’églises rurales, présente deux corps allongés : l’un (le choeur) plus étroit que l’autre et moins long, tous deux terminés par un mur droit. (…) La façade occidentale de la nef présente une porte romane dont l’archivolte est ornée de zigzags multiples. Au dessus, trois fenêtres cintrées, sans colonnes ni moulures, occupent le diamètre de la façade. (…) Dans le mur latéral du nord qui fait face à l’ancien manoir et se trouve du côté du chemin, existe une porte très élégante, dont l’archivolte porte des tores conduits en zigzag et dessinant des losanges.  »

Porte nord, archivolte ornée de zigzags
Porte sud

« Les modillons sont très-bien conservés et tout est intact du côté du nord. (…) Du côté du sud, on a refait deux fenêtres vers la fin du XVe siècle : l’une dans la nef, l’autre dans le choeur.
Ce dernier offre, du même côté (sud), une porte cintrée sans moulures, sauf pourtant la pierre formant la clef de la voûte sur laquelle on voit une espèce de palmette perlée. »

Côté sud : modillons romans et fenêtre refaite vers la fin du XVe siècle
La croix à anglets, représentation du quadrivium?

Ces étranges modillons

Les modillons de la façade nord

fenêtre romane et modillons de la façade sud
l’exhibitionniste, modillon de la façade sud

 » Si tous les modillons n’avaient que des décorations abstraites, on ne se poserait pas beaucoup de questions. Par contre, la présence des modillons profanes et crus sur les églises romanes était la norme et non pas une exception. Ces modillons grotesques, diaboliques ou impudiques suscitent des interrogations sur la motivation des bâtisseurs. Quand on regarde une église isolément, sans prendre en compte le contexte culturel de l’époque ou de la région, on peut penser : « Ces modillons là, c’est un maçon-farceur qui les a mis, pour rigoler ! » C’est une réflexion sans fondement, car les modillons sont beaucoup trop fréquents et semblables, sur presque toutes les églises romanes dans l’arc allant de l’Espagne à l’Irlande et sur une période d’environ deux siècles. Derrière la construction d’une église, il y a une question de financement. Les maçons et sculpteurs ne travaillaient pas gratuitement ; ils étaient payés « à la pièce » et un modillon non figuré était nettement moins cher qu’un modillon figuré. Souvent, l’argent d’une fondation religieuse ou d’un seigneur local manquait cruellement et si les modillons profanes n’étaient que des frivolités on trouverait beaucoup d’églises romanes avec des modillons non figurés. Or, chaque église romane qui est presque dans son état d’origine, a des modillons figurés et, aussi, des modillons grotesques, sataniques ou impudiques. 

Le financement de la construction d’une église était assuré par des fondations religieuses ou des seigneurs locaux. Chacun pouvait imposer certaines préférences. Le clergé était chargé du contrôle de l’iconographie dans les églises depuis le deuxième concile de Nicée en 787 (la part revenant à l’artiste fut ainsi résumée : « Au peintre seul appartient l’art, mais aux Pères la composition… »), mais il y avait toujours une petite place pour l’expression et les variations des artisans. S’il y a des sculptures zoomorphes, grotesques, impudiques, etc. sur les églises, c’est bien que le clergé responsable de la construction les avait voulues ou tolérées. 

L’interprétation du sens symbolique dans le détail est naturellement sujette à caution. Il n’est pas aisé d’interpréter la vision du monde qu’avaient le clergé et la population laïque au XIe siècle-XIIe siècle avec les yeux et la culture des observateurs du xxie siècle, le risque pour nous est de voir trop ou trop peu. Certaines grandes lignes semblent assez claires. Outre l’illustration des vices, des modillons évoquent les démarches spirituelles de conversion ou de lutte contre les monstres sataniques. La symbolique fait référence à la culture religieuse mais aussi profane de l’époque et doit parfois se lire à plusieurs niveaux d’interprétations. Contrairement aux chapiteaux historiés de l’intérieur à contenu plus spirituel, les sculpteurs s’expriment avec plus de liberté sur les modillons à l’extérieur, reflet du monde profane qui les entoure. » WIKIPEDIA, iconographie des modillons romans

L’intérieur de l’église
chapiteaux à feuillages et tête symbolique
L’arc de gloire et la voûte en pierre du choeur. Remarquer la croisée d’ogives, qui apparaît en Normandie dès le début de l’époque romane
Les peintures murales


Peinture murale dans le choeur, sur le mur sud : la Cène
Peinture murale dans la nef : l’attaque du château fort

Deux gisants


« Deux statues tumulaires se voient du côté de l’évangile, sous deux arcades qui semblent avoir été pratiquées après coup dans l’épaisseur du mur ; ces statues me paraissent du XIIIe siècle, et je n’ai aucuns renseignements sur les seigneurs qu’elles représentent ; mais ce sont des seigneurs de la paroisse. L’une offre l’image d’un guerrier vêtu de sa cotte de mailles et de sa cotte d’armes, les jambes également maillées, les pieds éperonnés. Il porte suspendu, à gauche, son écu de forme aiguë par le bas, et son glaive à deux tranchants. Les mains sont croisées sur la poitrine ; des anges supportent le coussin sur lequel repose la tête; un lion est sous les pieds. L’autre statue est celle d’une femme, probablement l’épouse de ce guerrier; elle porte, au-dessus de la cotte hardie, un surcot sans manches et fendu par devant. La main gauche tombe le long de la taille et paraît tenir un mouchoir ou un gant; l’autre bras est ployé et repose sur la poitrine. Cette statue est plus grossière que la précédente, elle dénote un ciseau moins exercé. » (Arcisse de Caumont)



Selon l’association « Conserver la Chapelle de Sainte-Marie-aux-Anglais« , le second gisant est identifié non comme l’épouse du guerrier figuré par le premier gisant, mais comme « un jeune homme, probablement un bourgeois, en habits civils, qui sont des témoignages rares de l’habillement en Normandie au milieu du XIIIe siècle. Ce n’est pas l’oeuvre d’un grand sculpteur mais par une certaine naïveté, ces gisants nous émeuvent par le côté serein, souriant même des ces personnages face à la mort ». (extrait de la brochure disponible dans l’église)


1 réflexion sur « Sainte-Marie-aux-Anglais, église Sainte-Marie »

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